jeudi 13 juin 2013

Bordeaux : il y a un an, elle était tuée en pleine rue par son compagnon

C’était il y a un an déjà, mais pour elle c’est comme si c’était hier. Marie-Laure ne parvient toujours pas à parler de sa fille au passé. Le manque se conjugue au présent. Elle doit encore régulièrement réprimer l’envie de lui téléphoner pour un oui ou pour un non, juste pour entendre le son de sa voix, comme elle le faisait avant. Avant le 13 juin 2012.
Ce matin-là, sa fille Bérengère Lassalle, Bordelaise de 32 ans originaire d’Escou (Pyrénées-Atlantiques), avait été froidement abattue, rue de Soissons à Bordeaux. Touchée par les projectiles d’un fusil de chasse, elle était décédée sur le trottoir. Son ancien compagnon, David Thibert, 38 ans, qui a avoué être l’auteur des coups de feu, a depuis été mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire.

Marie-Laure, qui vit à Pau, se souvient très bien de la manière dont elle a appris le décès de sa fille. « Presque par hasard. » L’amie d’une amie d’un membre de sa famille qui voit un gros titre sur le site de notre journal concernant une jeune femme tuée en pleine rue. Le doute qui naît et s’installe quand Bérengère ne répond pas au téléphone et quand on apprend qu’elle n’est pas allée travailler le matin.
Rassemblements
« Un radar s’est mis en marche en moi, se souvient Marie-Laure. J’ai senti, j’ai su que quelque chose de grave était arrivé. » Elle pense alors « au pire. Un accident de scooter ou quelque chose comme ça. » Elle est loin d’imaginer la férocité des faits.
Depuis, c’est une survie au quotidien. Machinalement, mécaniquement. Avec l’aide de médicaments pour contenir les crises d’angoisse. Les jours se ressemblent et filent à toute vitesse. « Les choses glissent sur moi, je les fais par obligation. Ça a été une torture de ranger son appartement, de trier ses affaires », explique la mère. Et même si elle ne veut pas faire de sa maison un musée dédié à sa fille, elle avoue avoir ajouté des photos de Bérengère dans plusieurs pièces.
Surnommée « Wonder woman », par ses copains, Bérengère était sa fille unique. « Depuis la mort de son père et de mes parents, on était tout ce qui nous restait l’une pour l’autre, témoigne encore Marie-Laure. Je me sens si vide, si éteinte à l’intérieur ».
Marie-Laure se rend souvent sur la page Facebook de Bérengère toujours ouverte pour y lire des messages et pensées laissés depuis son décès. Elle a peur que le temps n’efface le souvenir de sa fille. Après une cérémonie dans l’intimité du cimetière de Saint-Lezer (64) aujourd’hui, elle sera samedi aux côtés des amis de Bérengère dont elle a fait la connaissance et dont elle a apprécié la mobilisation il y a un an (1).
Toujours autant de questions
En décembre dernier, une reconstitution judiciaire a été organisée in situ. Sans elle. « Je voulais y aller pour croiser le regard de l’assassin. Mais à chaque fois que je vais consulter le dossier chez mon avocat, je mets des semaines à m’en remettre. Alors le voir rejouer la scène, tirer une fois, deux fois, trois fois, puis l’achever à travers son casque, je n’en ai pas eu la force. »
Elle se pose toujours autant de questions sur le pourquoi, le comment des faits. « Que cet homme ne dise pas qu’il aimait ma fille, il se fout de notre gueule ! » Elle attend autant qu’elle redoute le procès qui pourrait se tenir l’hiver prochain devant la cour d’assises de la Gironde. « Mon unique combat est désormais que son assassin reste le plus longtemps possible enfermé. » Elle ne le laissera pas « dire un mot de travers » sur sa fille. « Le procès, c’est une échéance, une assurance qu’il va être jugé pour ce qu’il a fait, mais après ? Je crains le retour de manivelle. »
(1) À 14 heures au Miroir d’eau, à Bordeaux, une rose à la main.

http://www.sudouest.fr/2013/06/13/il-y-a-un-an-elle-etait-tuee-en-pleine-rue-1083770-2780.php

Aucun commentaire: